Nous avons eu un petit atelier "Rythme" à Beuvray qui était bien intéressant.
Nous y avions évoqué l'importance de "placer" le rythme dès le début de l'apprentissage d'une pièce, c.a.d. de ne rien jouer qui ne soit pas en rythme.
Je suis tombée hier soir sur cette vidéo (malheureusement en anglais) qui m'a paru assez intéressante sur le sujet. John Mortensen explique pourquoi les élèves de piano classique ont souvent des difficultés avec le rythme. En effet c'est parce qu'ils commencent à faire attention au rythme mille fois trop tard dans l'étude d'un morceau (la musique classique est autant rythmée que n'importe quelle musique) ; donc sur un passage donné, en temps de pratique, il y a 80% du temps de travail non rythmé et 20% rythmé, donc évidemment au bout de plusieurs années de pratique ça fait un temps colossal de travail non rythmé. D'où que le rythme paraisse durablement (voire de plus en plus!) comme un "alien" ennemi et non comme une construction amicale dès le départ qui fait partie inhérente de l'identité de chaque passage musical.
A 6.23 une suggestion que j'ai trouvée très intéressante, qui consiste à jouer le "squelette" rythmique du passage que l'on travaille avant même de mettre toutes les notes.
Et une définition du rythme que j'ai trouvée éclairante : "le rythme est le contrat entre l'interprète et l'auditeur". Ben oui, c'est ce qui permet à l'auditeur de saisir la musique, de la partager en son for intérieur, c'est un terrain commun entre l'interprète et l'auditeur. J'ai trouvé cette observation précieuse parce que ça veut dire tendre tout de suite vers l'écoute, non seulement la nôtre mais celle d'autrui, notre cher public (imaginaire).
Voici la vidéo.
Ensuite, j'ai réfléchi au fait – qui ne m'avait pas frappée plus que ça précédemment – que mes méthodes de déchiffrage comportent toutes des exercices de lecture rythmique. En fait à ce stade il ne s'agit plus d'apprendre les rythmes, mais plutôt, je crois, d'éduquer l'oeil, c.a.d. que la lecture d'une note pointée soit immédiatement perçue comme "pointée" et non comme "plus longue que d'habitude et on laissera le hasard décider de la longueur". Une manière de faire en sorte que la lecture du rythme soit aussi précise et signifiante que la lecture des notes, des intervalles, etc.
Le rythme
- Lee
- Administratrice
- Messages : 2238
- Enregistré le : lundi 24 juin 2019 19:15
- Localisation : Saint-Germain-en-Laye
- Piano : Pleyel 3bis 1925
Re: Le rythme
Merci Claudia, j'ai regardé la vidéo et je peux affirmer qu'on ne perd rien en lisant ton résumé (sauf son exemple de beatboxing
).
Je trouve aussi l'idée du squelette (n'importe quoi, squelette est masculine !) intéressant mais je ne vois pas trop comment mettre cela en pratique - ne jouer que les temps forts ? Par contre je ne trouvais pas "cool" comme lui de jouer les doubles croches exactement avec le métronome.
(Je ne connaissais pas Béla Fleck, j'étais impressionnée comment le groupe accélérè au début de ce morceau complètement ensemble :
C'est marrant, juste avant ton fil, j'étais en train de penser comment ma mauvaise lecture à vue d'une romance de Mendelssohn - si je laisse mon apprentissage indiscipliné typique suit sa courbe usuelle - était plus ou moins la mauvaise forme en rythme que ma version finale sera...
Et...j'avais pensé après notre atelier que le métronome n'était inventé qu'en 1814. Comment les professeurs des musiciennes ont conseillé aux élèves à faire avant ?
Je trouve aussi l'idée du squelette (n'importe quoi, squelette est masculine !) intéressant mais je ne vois pas trop comment mettre cela en pratique - ne jouer que les temps forts ? Par contre je ne trouvais pas "cool" comme lui de jouer les doubles croches exactement avec le métronome.
(Je ne connaissais pas Béla Fleck, j'étais impressionnée comment le groupe accélérè au début de ce morceau complètement ensemble :
C'est marrant, juste avant ton fil, j'étais en train de penser comment ma mauvaise lecture à vue d'une romance de Mendelssohn - si je laisse mon apprentissage indiscipliné typique suit sa courbe usuelle - était plus ou moins la mauvaise forme en rythme que ma version finale sera...
Et...j'avais pensé après notre atelier que le métronome n'était inventé qu'en 1814. Comment les professeurs des musiciennes ont conseillé aux élèves à faire avant ?
Re: Le rythme
intéressantes réflexions... notamment celle de dire la ligne rythmique de ce qu'on s'apprête à jouer
Re: Le rythme
Merci Claudia qui permet de prolonger l'atelier rythme du Beuvray 2026.
On peut se servir du métronome pour travailler le rythme à condition de régler 1 battement pour la note la plus courte d'un morceau ou d'un passage.
Par ex, si dans 4 mesures d'une pièce, il y a des noires, des croches et des doubles croches ==> régler 1 battement (clic) = 1 double croche.
Perso, je ne m'en sers pas du tout pour le rythme, je préfère jouer et dire les notes à haute voix, et battre la mesure avec l'autre main. Le métronome me sert surtout à travailler sur le tempo, souvent pour ne pas accélérer quand je fais du travail lent / moderato.
Sinon, je vous encourage à lire le livre d'Henrich Neuhaus "L'Art du piano" (si vous ne l'avez pas déjà lu), le premier chapitre est dédié au rythme. Sans rythme, pas de musique !
Le métronome sert, dans 99% des cas, à déterminer un tempo. Rythme et tempo sont étroitement liés mais ce sont deux concepts très différents.Lee a écrit : vendredi 29 mai 2026 19:23 Et...j'avais pensé après notre atelier que le métronome n'était inventé qu'en 1814. Comment les professeurs des musiciennes ont conseillé aux élèves à faire avant ?
On peut se servir du métronome pour travailler le rythme à condition de régler 1 battement pour la note la plus courte d'un morceau ou d'un passage.
Par ex, si dans 4 mesures d'une pièce, il y a des noires, des croches et des doubles croches ==> régler 1 battement (clic) = 1 double croche.
Perso, je ne m'en sers pas du tout pour le rythme, je préfère jouer et dire les notes à haute voix, et battre la mesure avec l'autre main. Le métronome me sert surtout à travailler sur le tempo, souvent pour ne pas accélérer quand je fais du travail lent / moderato.
Sinon, je vous encourage à lire le livre d'Henrich Neuhaus "L'Art du piano" (si vous ne l'avez pas déjà lu), le premier chapitre est dédié au rythme. Sans rythme, pas de musique !
- Lee
- Administratrice
- Messages : 2238
- Enregistré le : lundi 24 juin 2019 19:15
- Localisation : Saint-Germain-en-Laye
- Piano : Pleyel 3bis 1925
Re: Le rythme
Merci Jean-Luc, tu me rassures ! Je n'ai jamais pu régler des problèmes de rythme au métronome à la consternation de quelques profs.
Depuis quelques jours je me rends compte que quand je fais attention au rythme, je rate beaucoup de notes, et quand je réduis le tempo pour pouvoir bien faire les deux, je ne comprends plus ce que je joue.
Mais vous avez (peut-être toutes et tous) l'habitude de travailler lent, encore une fois je me dis "je commence"...je ne sais pas si j'arrive à être disciplinée pour continuer...Jean-Luc a écrit : jeudi 4 juin 2026 22:55 Le métronome me sert surtout à travailler sur le tempo, souvent pour ne pas accélérer quand je fais du travail lent / moderato.
- Claudia
- Pianaute
- Messages : 1681
- Enregistré le : lundi 24 juin 2019 21:39
- Localisation : Pianaute des champs
- Piano : Seiler 180
Schimmel 116
(Kawai ES8)
Re: Le rythme
En fait, si tu "comprends" le rythme en jouant vite, c'est parce que tu sais comment ça doit sonner, ce qui est déjà super, mais que la chose reste intuitive, ce n'est pas complètement intériorisé. Si tu veux essayer lentement à ce stade, tu peux essayer de retravailler le motif en question en allant progressivement plus lentement, c'est-à-dire ne pas changer complètement de tempo, mais aller un tout petit peu plus lentement, puis encore un peu plus lentement, en veillant à garder l'identité rythmique du motif. Il faut travailler motif par motif, des segments courts bien caractérisés.quand je fais attention au rythme, je rate beaucoup de notes, et quand je réduis le tempo pour pouvoir bien faire les deux, je ne comprends plus ce que je joue.
Je m'aperçois que les difficultés de rythme requièrent un travail vraiment spécifique. Là j'ai commencé une sonate de Haydn, et il y a des motifs rythmiques très variés, très imaginatifs, il faut plusieurs jours pour que ça "rentre" et soit intériorisé, et encore plus de jours pour que ce soit vraiment solide (d'ailleurs je ne sais pas à quel moment arrive la conviction absolue que c'est solide
Parfois quand je marche pour m'aérer la tête je chantonne mes rythmes tout en marchant et en tapant les mains (heureusement je suis toute seule dans ma campagne sinon c'est direct l'asile).
Je pense qu'avant l'invention du métronome les élèves musiciens comptaient les temps. Les motifs de rythme étaient très intégrés à mon avis dans la culture, les rythmes des danses faisaient partie du vocabulaire commun dans toutes les classes sociales à mon avis, même chez ceux qui ne lisaient pas la musique. Nous sommes beaucoup plus handicapés à ce niveau là, car sauf exception nous dansons très peu...j'avais pensé après notre atelier que le métronome n'était inventé qu'en 1814. Comment les professeurs des musiciennes ont conseillé aux élèves à faire avant ?
- Lee
- Administratrice
- Messages : 2238
- Enregistré le : lundi 24 juin 2019 19:15
- Localisation : Saint-Germain-en-Laye
- Piano : Pleyel 3bis 1925
Re: Le rythme
Je n'ai pas pensé de jouer progressivement plus lent, c'est une bonne idée, merci Claudia.
Moi je danse (en rythme) assez régulièrement, c'est mon seul "sport" mais c'est pop contemporain, sans partenaire et les rythmes ne sont pas difficiles ou ils sont très (trop) réguliers.
Pour moi c'est autre chose complètement, comme chanter...
cela dit, on ne m'a jamais demandé de chanter un rythme, et je n'ai jamais essayé, ça peut être une piste...
Une question pour vous : vous faites le travail lent / modéré / au tempo avec le métronome au bout de combien de temps de travail ou lecture ? Ou tout de suite ?
Moi je danse (en rythme) assez régulièrement, c'est mon seul "sport" mais c'est pop contemporain, sans partenaire et les rythmes ne sont pas difficiles ou ils sont très (trop) réguliers.
Claudia a écrit : vendredi 5 juin 2026 11:30 (heureusement je suis toute seule dans ma campagne sinon c'est direct l'asile)
Une question pour vous : vous faites le travail lent / modéré / au tempo avec le métronome au bout de combien de temps de travail ou lecture ? Ou tout de suite ?
- Claudia
- Pianaute
- Messages : 1681
- Enregistré le : lundi 24 juin 2019 21:39
- Localisation : Pianaute des champs
- Piano : Seiler 180
Schimmel 116
(Kawai ES8)
Re: Le rythme
Le métronome je l'utilise plus pour contrôler que pour construire, mais je chante, tape des mains, tape des pieds
parce que je suis persuadée qu'il y a quelque chose de physique dans le rythme. Si je l'utilise pour construire c'est tout au début, et c'est pour une mesure seulement (ou un fragment vraiment court), pour comprendre comment se répartissent les valeurs de notes, et parfois je ne joue même pas, je mets le métronome sur la valeur la plus courte et je lis la mesure pour que la connexion oeil-cerveau comprenne cette répartition, puis je joue avec / sans /avec /sans, plusieurs fois jusqu'à ce que ça rentre, mais seulement la mesure ou les quelques mesures.
Pour le contrôle ça n'a de sens que s'il n'y a plus du tout d'hésitations sur le texte donc forcément ce n'est pas au début. Je suis souvent étonnée de me rendre compte que je ralentis, accélère, re-ralentis, sans que ça corresponde à une décision ou un choix. ce n'est pas du tout régulier ni volontaire! et ça, je corrige.
Il y a chez moi des constantes (amateurisme): accélérer quand c'est forte, accélérer quand il y a des triples croches... c'est ce genre de défauts que le métronome m'aide à corriger par la prise de conscience, et petit à petit j'apprends aussi à les repérer sans métronome, mais pas toujours, c'est évident.
Le travail lent je le fais sans métronome. C'est un travail d'écoute profonde donc le métronome... ça me casse les oreilles.
Un autre truc aussi: évidemment ça dépend des morceaux, mais si par exemple j'ai une difficulté rythmique qui revient plusieurs fois dans le morceau, à des endroits différents et avec des notes différentes (par exemple si ça module), et bien je les apprends et travaille toutes à la suite. Je note les doigtés différents. C'est utile parce que tu joues le même motif rythmique avec des notes et doigtés différents, donc le rythme apparaît dans sa splendeur, de manière autonome, il existe par lui-même. Idem si c'est grosso modo la même chose mais avec des petites différences, je repère tout de suite les différence et j'apprends à la suite. Comme des pièces du puzzle. Ça fait gagner du temps, c'est plus intéressant et ça permet de comprendre aussi les intentions du compositeur.
Pour le contrôle ça n'a de sens que s'il n'y a plus du tout d'hésitations sur le texte donc forcément ce n'est pas au début. Je suis souvent étonnée de me rendre compte que je ralentis, accélère, re-ralentis, sans que ça corresponde à une décision ou un choix. ce n'est pas du tout régulier ni volontaire! et ça, je corrige.
Il y a chez moi des constantes (amateurisme): accélérer quand c'est forte, accélérer quand il y a des triples croches... c'est ce genre de défauts que le métronome m'aide à corriger par la prise de conscience, et petit à petit j'apprends aussi à les repérer sans métronome, mais pas toujours, c'est évident.
Le travail lent je le fais sans métronome. C'est un travail d'écoute profonde donc le métronome... ça me casse les oreilles.
Un autre truc aussi: évidemment ça dépend des morceaux, mais si par exemple j'ai une difficulté rythmique qui revient plusieurs fois dans le morceau, à des endroits différents et avec des notes différentes (par exemple si ça module), et bien je les apprends et travaille toutes à la suite. Je note les doigtés différents. C'est utile parce que tu joues le même motif rythmique avec des notes et doigtés différents, donc le rythme apparaît dans sa splendeur, de manière autonome, il existe par lui-même. Idem si c'est grosso modo la même chose mais avec des petites différences, je repère tout de suite les différence et j'apprends à la suite. Comme des pièces du puzzle. Ça fait gagner du temps, c'est plus intéressant et ça permet de comprendre aussi les intentions du compositeur.