Les pièges du plaisir

les pianautes au clavier
Répondre
Avatar du membre
Lee
Administratrice
Messages : 1263
Enregistré le : lundi 24 juin 2019 19:15
Localisation : Saint-Germain-en-Laye
Piano : Pleyel 3bis 1925

Les pièges du plaisir

Message par Lee »

Bonjour,

À une rencontre hier (qui m'a nourri pour d'aitres fils) deux fois j'étais bien dans le moment, je prenais vraiment plaisir à jouer, et boum ! "Hehe tu m'as oublié !" M Traque crie : alors grosses boulettes ! :tape: Ça me gêne moins quand je joue seule mais une fois était un 4 mains avec Hémiole donc je l'ai complètement déstabilisée par les gros erreurs ce que je faisais.

Ça vous arrive ou je suis tordue ou bizarre ?

Bon dimanche.

Frangin
Pianaute
Messages : 179
Enregistré le : lundi 11 nov 2019 19:35

Re: Les pièges du plaisir

Message par Frangin »

Le trac, ça me connaît! Je n'ai jamais fait l'expérience d'un quatre mains mais l'expérience d'hier, d'une manière très (très très) éloignée, peut s'en rapprocher. Je m'explique (pour les absents), nous avions formé une petite équipe hier, un "trio séparé", pour jouer les trois mouvements d'une sonate. Étant donné que je jouais le premier mouvement (le plus facile :roll: ), j'avais l'honneur et la lourde responsabilité d'ouvrir le bal. Donc double stress car je me devais d'aller au bout de mon interprétation pour pouvoir passer le relai. Connaissant mon passif en public, nul besoin de vous dire que j'étais au plus mal. Je n'avais pas le droit à l'erreur. Par je ne sais quel étrange phénomène, je suis allé au bout. J'en viens donc à me dire que porter cette responsabilité m'a aidé, et même peut-être contraint, inconsciemment à me surpasser, à garder ma concentration. Le fait que j'affectionne tout particulièrement les deux autres membres de l'équipe et que je ne voulais pas les décevoir a dû jouer fortement également. Comme tu dis, lorsqu'on joue seul bah si ça foire et qu'on a, comme vous tous, la possibilité de reprendre avec la partition, on s'accroche malgré la panique et, pour certains plus que d'autres, on a hâte que ça se termine. Pour mon cas c'est différent! Un couac et c'est le trou noir! Je ne vois plus rien et n'ai envie que d'une chose, disparaître ou me terrer dans un trou. Il m'est alors impossible de reprendre.
Lorsqu'on parvient à se mettre dans sa bulle, le plus dur c'est d'y rester car en une fraction de seconde tout peut basculer. Pour moi je dirais que c'est comme un courant d'air qui viendrait perturber le bien-être de cette bulle puis l'assombrir peu à peu pour finir... dans le noir total!
Pour en revenir au quatre mains, je pense qu'il faut une certaine alchimie pour pouvoir jouer parfaitement ensemble. Que la confiance soit totale et qu'aucun des deux ne soit dominant sous peine de mettre la pression à son binôme.
Chopin is the only dead man that makes me feel alive. (Frangin)

Avatar du membre
Hémiole
Pianaute
Messages : 513
Enregistré le : lundi 1 juil 2019 21:08

Re: Les pièges du plaisir

Message par Hémiole »

Ce qui est amusant c'est que si tu n'en parlais pas dans ce fil, je ne m'en serais même pas rappelé ! Comme quoi le trac n'est pas forcément contagieux, et ses effets moins graves que ce qu'on imagine.

Le titre du fil est intéressant "les pièges du plaisir (dans la pratique musicale... Sinon on va refaire le monde :mrgreen: )" .
D'après ma propre expérience, et quelques échanges à ce sujet, ce n'est peut-être pas tellement un problème de trac, mais plutôt un problème de concentration.
Si on se met à trop s'écouter en se disant "Oh c'est beau" (ce qui est plus probable à 4 mains car après l'entraînement laborieux tout seul on a le plaisir d'entendre l'ensemble), on devient (trop) spectateur de ce que l'on joue au lieu d'être acteur, et ça crée une distraction qui bien souvent nous mène à une erreur.

Le témoignage de Frangin irait bien aussi dans le sens de l'importance de la concentration : une vigilance plus grande, stimulée par l'enjeu de responsabilité, permettrait d'éviter les distractions. Mais à un certain niveau, cela peut devenir contre productif, et l'excès de vigilance empêche nos automatismes de jouer leur rôle, menant aussi à la sortie de route...
"Les arts sont le plus sûr moyen de se dérober au monde ; ils sont aussi le plus sûr moyen de s'unir avec lui."
Franz Liszt

Avatar du membre
Lee
Administratrice
Messages : 1263
Enregistré le : lundi 24 juin 2019 19:15
Localisation : Saint-Germain-en-Laye
Piano : Pleyel 3bis 1925

Re: Les pièges du plaisir

Message par Lee »

Hémiole a écrit : dimanche 15 déc 2019 15:28 Si on se met à trop s'écouter en se disant "Oh c'est beau" (ce qui est plus probable à 4 mains car après l'entraînement laborieux tout seul on a le plaisir d'entendre l'ensemble), on devient (trop) spectateur de ce que l'on joue au lieu d'être acteur, et ça crée une distraction qui bien souvent nous mène à une erreur.
Ah oui, c'est une distraction, presque une pensée parasite, je n'avais pas pensé. J'avoue que ça m''arrive même faire quand je joue solo. On dirait que c'est assez narcissiste en fait. :oops:

Marie-France
Pianaute
Messages : 601
Enregistré le : mercredi 26 juin 2019 19:59

Re: Les pièges du plaisir

Message par Marie-France »

Frangin a écrit : dimanche 15 déc 2019 13:23 Lorsqu'on parvient à se mettre dans sa bulle, le plus dur c'est d'y rester car en une fraction de seconde tout peut basculer. Pour moi je dirais que c'est comme un courant d'air qui viendrait perturber le bien-être de cette bulle puis l'assombrir peu à peu pour finir... dans le noir total!
J'aime bien l'idée de courant d'air, de bulle, de noir... à chacun ses images. Et je partage tout à fait. :???:
Hémiole a écrit : dimanche 15 déc 2019 15:28 ...ce n'est peut-être pas tellement un problème de trac, mais plutôt un problème de concentration.
Si on se met à trop s'écouter en se disant "Oh c'est beau" (ce qui est plus probable à 4 mains car après l'entraînement laborieux tout seul on a le plaisir d'entendre l'ensemble), on devient (trop) spectateur de ce que l'on joue au lieu d'être acteur, et ça crée une distraction qui bien souvent nous mène à une erreur.
Oui c'est cela. Les moments où j'ai joué le mieux ces derniers temps ont été lorsque mes profs étaient présents. Je suis convaincue qu'il faut vraiment travailler jusqu'à la dernière minute (au moins intellectuellement) pour garder cette concentration et les conditions d'avant concerts ne sont pas toujours idéales pour ça.
Mais de toute façon la déconcentration est quelque chose d'absolument normal.
Par ailleurs même toute seule, il m'arrive de frissonner en jouant, tant ce que j'entends me plaît, et juste après, patatras.

Répondre