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Re: Lectures
Posté : lundi 7 sept. 2026 21:40
par Hémiole
Il se trouve que je l'ai lu, en entier, et je fais partie des personnes qui n'ont pas du tout aimé ce livre, même avec un piano en arrière plan...
Nous ne devons pas avoir la même définition de la boursouflure
Mais je suis évidemment beaucoup moins légitime que Laure à commenter cette oeuvre.
C'est de mon point de vue le récit d'une histoire fantasmée de sa famille, où tout est tellement affreux, surtout pour les femmes, qu'on se demande comment on survivait à ces époques. Ça manque de respiration pour mon goût, autant dans le style que dans l'histoire. Mais c'est l'air du temps...
Ceci étant dit, à chacun ses goûts, et faites vous votre opinion

Re: Lectures
Posté : mardi 8 sept. 2026 08:26
par catherine
Alors je représente l'opinion intermédiaire: j'ai trouvé l'écriture très belle, très précise, très travaillée. J'ai commencé à m'intéresser à l'histoire de cette famille, j'ai lu et lu, et puis j'ai trouvé ce livre trop long et j'ai eu du mal à suivre chaque personnage. C'e qui est curieux c'est que le piano ne m'avait pas tant marquée alors qu'il est un fil conducteur... (un signe d l'ennui sans doute)
Re: Lectures
Posté : mardi 8 sept. 2026 09:40
par josiane
Moi non plus je n’ai pas aimé mais je n’ai pas réussi à aller jusqu’au bout. J’ai eu une impression de lourdeur dès le début, j’ai fait un effort parce qu’une amie m’en avait dit beaucoup de bien puis j’ai laissé tomber à la moitié.
Et là je suis dans un livre facile à lire :
« Les enfants du train » de Viola ARDONNE.
On est en 1946 en Italie, une organisation communiste de Naple envoie des enfants pauvres dans des familles du nord.
Ces enfants qui n’avaient pas accès à grand chose découvrent une autre façon de vivre. On suit un petit garçon qui tombe dans une famille dont le père répare des instruments de musique et il va apprendre le violon…
C’est pas un chef d’œuvre mais certaines situations sont bien décrites à mon avis, notamment le fait que ces gamins viennent avec leurs habitudes, leurs façons de vivre et ont parfois du mal à s’adapter à ces nouvelles pratiques. Et bien évidemment comme on s’habitue bien plus facilement au confort qu’à l’inconfort ils finissent par se sentir à leurs places.
Je n’ai pas fini le livre, je n’ai donc pas le récit du retour chez eux si toutefois ils y retournent.
Re: Lectures
Posté : mardi 8 sept. 2026 11:56
par Claudia
Concernant La Maison vide de Laurent Mauvignier, je l'ai lu avec grand intérêt mais aussi avec une tristesse immense, dont j'ai eu du mal à me remettre et qu'il m'a fallu tenter de comprendre.
Ce roman tisse le labyrinthe de ce qui s'est transmis d'homme à homme dans une famille. Le patrimoine, les "valeurs", les jugements, les dots, tout ce dont on "jouit" selon les termes du Code civil, et son versant caché, les suicides d'hommes, les hommes célibataires, les femmes célibataires, les interné(e)s, l'appel d'un ailleurs (ici la musique). C'est décrit d'une manière totalement asphyxiante puisque le versant caché, qui pourrait être source d'une énergie alternative ("transmettre sa part de merveilleux, de rébellion"), ou son prix, ne parvient pas à sortir du cadre et ne transmet que de la douleur muette. Le piano reste dans la maison vide, le professeur de piano se marie pour l'argent, rien n'est modifié par la musique, et même celle qui joue, qui ne cesse de jouer, seule et pour elle-même, refuse que sa musique puisse toucher sa propre fille.
Étrange roman triste.
Re: Lectures
Posté : mardi 8 sept. 2026 13:50
par Alain31
Ce gros livre m'a également beaucoup impressionné. Contrairement à plusieurs d'entre vous je n'ai pas été gêné par les longueurs. Ma condition de "paisible retraité" n'y est sans doute pas pour rien ! J'ai apprécié le souci constant de l'auteur d'aller au fond des choses, de faire "travailler" au maximum les modestes sources disponibles pour produire un récit où l'intime et l'ambiance gêneraie des temps évoqués s'entrecroisent en permanence.
Le piano occupe à mon sens une place secondaire, sinon de servir de marqueur généalogique. A l'exception bien sûr de Marie-Ernestine, arrière grand mère de l'auteur et pianiste contrariée, symbole d'un patriarcat malaisant et malfaisant (même pour les hommes !) qui traverse l'ensemble de l'ouvrage.
Si la musique est finalement peu présente dans ce piano mémoriel, elle l'est au contraire intensément dans la langue de Laurent Muvigner, une langue envoûtante et parfaitement maîtrisée, qui invite le lecteur à d'abandonner au son de ces longues phrases riches de substance émotionnelle, pas loin des "divines longueurs" d'un musicien très apprécié par de nombreux pianautes !
Re: Lectures
Posté : mardi 8 sept. 2026 21:30
par Hémiole
Claudia a écrit : mardi 8 sept. 2026 11:56
Concernant
La Maison vide de Laurent Mauvignier, je l'ai lu avec grand intérêt mais aussi avec une tristesse immense, dont j'ai eu du mal à me remettre et qu'il m'a fallu tenter de comprendre.
Ce roman tisse le labyrinthe de ce qui s'est transmis d'homme à homme dans une famille. Le patrimoine, les "valeurs", les jugements, les dots, tout ce dont on "jouit" selon les termes du Code civil, et son versant caché, les suicides d'hommes, les hommes célibataires, les femmes célibataires, les interné(e)s, l'appel d'un ailleurs (ici la musique). C'est décrit d'une manière totalement asphyxiante puisque le versant caché, qui pourrait être source d'une énergie alternative ("transmettre sa part de merveilleux, de rébellion"), ou son prix, ne parvient pas à sortir du cadre et ne transmet que de la douleur muette. Le piano reste dans la maison vide, le professeur de piano se marie pour l'argent, rien n'est modifié par la musique, et même celle qui joue, qui ne cesse de jouer, seule et pour elle-même, refuse que sa musique puisse toucher sa propre fille.
Étrange roman triste.
Tu exprimes bien mieux que moi ce qui m'a plombée dans cette lecture ! C'est cela qui manque : pas d'énergie alternative (même pas vraiment le piano), pas d'interstices dans lesquels la vie s'infiltre malgré tout.
Re: Lectures
Posté : mercredi 9 sept. 2026 10:26
par Claudia
Le roman éclaire sur la clôture efficace des structures mortifères. Nous en sommes les témoins et les acteurs passifs tous les jours, à cette même échelle familiale ou à d'autres plus larges, le changement climatique, la désinformation, etc.; nous savons que le système est mauvais, nous en souffrons dans notre chair mais nous ne savons pas en sortir.
Re: Lectures
Posté : mercredi 9 sept. 2026 13:49
par Laure
Hémiole, évidemment que tout le monde, absolument tout le monde, est légitime pour parler d’un roman !
En fait, je suis assez d’accord avec tout ce qui a été écrit ici. C’est vrai que c’est un roman asphyxiant et c’est même tout le propos puisque le narrateur part du suicide de son père pour remonter le passé familial et comprendre quels silences sur plusieurs générations mènent à la catastrophe finale. Dès le titre on sait que le ver est dans le fruit et la maison vide, je l’ai vue comme un paysage personnel désolé que le narrateur essaie de repeupler pour donner un sens, une explication à la mélancolie. Quant à la dimension fantasmée de ce "recollage de morceaux" d’histoire familiale, je crois qu’elle est complètement assumée puisque l’évocation du passé est en permanence exhibée comme une construction mentale par des modalisations comme "elle dit
sans doute", des retours à la ligne au beau milieu d’une phrase, des conditionnels, etc… Pour moi c’est là qu’est le petit interstice ou la respiration, dans la démarche réparatrice de l’imagination. De la pure tragédie en somme : la catastrophe est totale mais la bonne nouvelle, c’est qu’on peut faire du beau en la racontant
Et comme Alain, j’ai apprécié l’articulation de l’intime à l’Histoire et au politique, comme dans un beau roman classique du XIXème siècle (peut-être aussi ce que tu écris Claudia dans ton dernier message).
Hémiole a écrit : mardi 8 sept. 2026 21:30
! C'est cela qui manque : pas d'énergie alternative
(même pas vraiment le piano), pas d'interstices dans lesquels la vie s'infiltre malgré tout.
Marie-Ernestine qui joue dans une pièce fermée, c’est presque une métaphore de la parole qui ne se partage pas et c’est l’origine de la tragédie familiale … Mais à la toute fin du livre, quelqu’un appuie sur une touche et cela produit un son
