Bonjour,
A défaut de vous proposer un enregistrement, je vous propose d'écouter trois interprétations de même morceau que j'ai repris récemment.
Comme vous avez écouté beaucoup de Chopin pour le concours, je suis sûre que vous êtes capables de comparer ces enregistrements et peut-être dire lequel vous préférez...
Après vos réponses, je promets de vous expliquer pourquoi j'avais envie de partager ces enregistrements avec vous, les impressions que chaque enregistrement m'a fait.
Bonne écoute !
Ecoute comparative d'un mouvement de 3ème sonate de Chopin
- Chantal
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Re: Ecoute comparative d'un mouvement de 3ème sonate de Chopin
Merci Lee pour ces propositions.
Mes premières impressions, qui devront être affinées…
Je n'ai pas du tout aimé Kissin : trop fort, main gauche trop présente à mon goût, pas assez de délicatesse dans le toucher. Bref, ce n'est pas MON Chopin. (Et ce n'est pas l'Ecole Russe qui est en cause, car j'aime bien Emil Gilels dans cette sonate).
Je n'ai pas accroché à Yundi Li. Son interprétation m'a paru un peu trop neutre. Je n'ai ressenti aucune émotion (je me suis même ennuyée
).
Des trois interprétations que tu proposes, c'est celle de Maria João Pires que je préfère car c'est celle qui me touche le plus.
Mais aucune de ces trois interprétations ne peut me faire oublier celle d'Arthur Rubinstein, écoutée très souvent et depuis très longtemps et qui reste ma référence
Ah oui, cette 3ème sonate, on l'a entendue 10 fois au 3ème tour du Concours Chopin. J'avais bien aimé Eric Lu dans cette sonate.Lee a écrit : mercredi 21 janv. 2026 11:32 Comme vous avez écouté beaucoup de Chopin pour le concours…
Mes premières impressions, qui devront être affinées…
Je n'ai pas du tout aimé Kissin : trop fort, main gauche trop présente à mon goût, pas assez de délicatesse dans le toucher. Bref, ce n'est pas MON Chopin. (Et ce n'est pas l'Ecole Russe qui est en cause, car j'aime bien Emil Gilels dans cette sonate).
Je n'ai pas accroché à Yundi Li. Son interprétation m'a paru un peu trop neutre. Je n'ai ressenti aucune émotion (je me suis même ennuyée
Des trois interprétations que tu proposes, c'est celle de Maria João Pires que je préfère car c'est celle qui me touche le plus.
Mais aucune de ces trois interprétations ne peut me faire oublier celle d'Arthur Rubinstein, écoutée très souvent et depuis très longtemps et qui reste ma référence
Modifié en dernier par Chantal le mercredi 21 janv. 2026 17:54, modifié 1 fois.
- Lee
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Re: Ecoute comparative d'un mouvement de 3ème sonate de Chopin
Ah merci pour tes premières impressions, Chantal. Je mets le lien vers l'interprétation de Rubinstein pour les personnes qui veulent l'écouter. Je ne la connaissais pas :
Re: Ecoute comparative d'un mouvement de 3ème sonate de Chopin
Ce mouvement de sonate, sans effets de virtuosité, plutôt dépouillé, assez long et lent, est difficile à interpréter en captivant l'auditeur d'un bout à l'autre !
Kissing choisit l'emphase pour passer cet obstacle mais pour moi ça trahit l'oeuvre et c'est limite lourdingue.
Yundi Li me semble chercher une esthétique sonore qui est certes belle, mais je sens trop cette "recherche" et il me donne l'impression de "écoutez comme c'est beau quand je joue du Chopin". Donc c'est beau mais cela me met à distance au lieu de me plonger dans la musique.
La version de Maria Joao Pires est largement ma préférée, elle me semble profondément juste et totalement "transparente". Avec elle c'est plutôt "écoutez Chopin" et ça m'embarque. Ça ne m'ennuie pas car c'est "habité" de maniere profonde et naturelle.
La version de Rubinstein est superbe, pour des raisons similaires à Maria Joao Pires (c'est juste et naturel), mais avec le côté plus élégant et léger de Rubinstein.
Voilà pour mes avis très subjectifs...
Kissing choisit l'emphase pour passer cet obstacle mais pour moi ça trahit l'oeuvre et c'est limite lourdingue.
Yundi Li me semble chercher une esthétique sonore qui est certes belle, mais je sens trop cette "recherche" et il me donne l'impression de "écoutez comme c'est beau quand je joue du Chopin". Donc c'est beau mais cela me met à distance au lieu de me plonger dans la musique.
La version de Maria Joao Pires est largement ma préférée, elle me semble profondément juste et totalement "transparente". Avec elle c'est plutôt "écoutez Chopin" et ça m'embarque. Ça ne m'ennuie pas car c'est "habité" de maniere profonde et naturelle.
La version de Rubinstein est superbe, pour des raisons similaires à Maria Joao Pires (c'est juste et naturel), mais avec le côté plus élégant et léger de Rubinstein.
Voilà pour mes avis très subjectifs...
- Claudia
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Re: Ecoute comparative d'un mouvement de 3ème sonate de Chopin
Je n'ai pas répondu plus tôt bien qu'ayant écouté plusieurs fois ces trois enregistrements, parce que j'ai beaucoup de mal à affirmer quoi que ce soit lorsqu'il s'agit de Chopin.
Pour moi les trois versions sont très belles, bien sûr différentes, mais je ne saurais les classer.
Par contre j'ai entendu il y a quelque temps ce mouvement (mais où? quand? ma mémoire faiblit) jouée d'une manière qui m'avait conquise, comme une méditation enchantée et presque hypnotique et ça m'avait beaucoup plu. Comme un élan irrationnel, ample mais sans tragédie, à mesure humaine, simplement comme dire que la vie nous échappe, que nous ne comprenons pas tout.
Je suis curieuse de connaître tes impressions, il me semble que tu as une affinité particulière avec ce morceau!
Pour moi les trois versions sont très belles, bien sûr différentes, mais je ne saurais les classer.
Par contre j'ai entendu il y a quelque temps ce mouvement (mais où? quand? ma mémoire faiblit) jouée d'une manière qui m'avait conquise, comme une méditation enchantée et presque hypnotique et ça m'avait beaucoup plu. Comme un élan irrationnel, ample mais sans tragédie, à mesure humaine, simplement comme dire que la vie nous échappe, que nous ne comprenons pas tout.
Je suis curieuse de connaître tes impressions, il me semble que tu as une affinité particulière avec ce morceau!
- Lee
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Re: Ecoute comparative d'un mouvement de 3ème sonate de Chopin
Merci Hémiole et Claudia pour avoir pris le temps d'écouter ces interprétations et de partager vos impressions et commentaires.
Ce morceau tient effectivement une place très importante pour moi. Trois ans avant d'acheter le Pleyel et de me remettre au piano, je suis allée au concert de Yundi Li, une amie qui apprécie tous les arts m'a proposé d'y aller ensemble. J'ai beaucoup aimé le concert, mais à l'époque le monde du Piano et les pianistes me semblaient un monde à laquelle je n'appartenais pas de tout, "j'ai joué quand j'étais jeune" je disais. J'avais toujours un synthé que mon père m'a offert quand je suis partie de la maison mais ça ne m'apportait pas beaucoup de plaisir surtout que le clavier était réduit. L'amie m'a offert le premier album de Yundi Li après, je ne sais plus quand mais peu de temps après le concert. C'était en écoutant l'album que j'ai entendu ce morceau pour la première fois, ça m'a fait un effet extraordinaire, pour la première fois j'étais saisi par un gros coup de cœur possessif : c'est tellement beau, je veux jouer ça ! Je pense sincèrement qu'avant ce moment là, ça ne m'a jamais traversé l'esprit de penser "ah c'est beau et c'est plus fort que moi, je veux alors peut-être qu'un jour je peux arriver à jouer ce que j'entends". Je n'avais pas encore mon piano.
Quand j'ai entendu l'interprétation par Marie João Pires, j'étais en admiration complète et profonde. Chaque note avait le timbre, la nuance, la durée, le volume qu'il fallait, elle infuse le moindre détail avec un sens. En reprenant le morceau, j'ai écouté plusieurs fois en me disant que son interprétation devait être mon modèle mais j'en suis trop loin et j'ai abandonné l'idée d'émulation...
Pendant le concours Chopin, j'étais frappé par un commentaire de Chantal sur l'interprétation par Shiori KUWAHARA. Du coup à ce moment là, j'ai écouté avec l'attention son Largo, qui était soigné et bien joué mais comme Chantal, je ne reste pas avec elle, je décroche. Au début je pensais que c'était simplement que son tempo général était plus lent, mais le temps pris est le même que l'interprétation de Pires, par exemple, alors je crois que c'était comment elle prend son temps qui ne m'allait pas. Je me souviens que Hémiole a beaucoup aimé Kuwahara, j'imagine que son interprétation du Largo a fait un effet différent, comme Yundi.
Par contre, mon impression à l'interprétation de Kissin était similaire des interprétations exprimées par Chantal et par Hémiole -
Voilà, je ne sais pas si mes remarques vous "parlent"...
Ce morceau tient effectivement une place très importante pour moi. Trois ans avant d'acheter le Pleyel et de me remettre au piano, je suis allée au concert de Yundi Li, une amie qui apprécie tous les arts m'a proposé d'y aller ensemble. J'ai beaucoup aimé le concert, mais à l'époque le monde du Piano et les pianistes me semblaient un monde à laquelle je n'appartenais pas de tout, "j'ai joué quand j'étais jeune" je disais. J'avais toujours un synthé que mon père m'a offert quand je suis partie de la maison mais ça ne m'apportait pas beaucoup de plaisir surtout que le clavier était réduit. L'amie m'a offert le premier album de Yundi Li après, je ne sais plus quand mais peu de temps après le concert. C'était en écoutant l'album que j'ai entendu ce morceau pour la première fois, ça m'a fait un effet extraordinaire, pour la première fois j'étais saisi par un gros coup de cœur possessif : c'est tellement beau, je veux jouer ça ! Je pense sincèrement qu'avant ce moment là, ça ne m'a jamais traversé l'esprit de penser "ah c'est beau et c'est plus fort que moi, je veux alors peut-être qu'un jour je peux arriver à jouer ce que j'entends". Je n'avais pas encore mon piano.
Quand j'ai entendu l'interprétation par Marie João Pires, j'étais en admiration complète et profonde. Chaque note avait le timbre, la nuance, la durée, le volume qu'il fallait, elle infuse le moindre détail avec un sens. En reprenant le morceau, j'ai écouté plusieurs fois en me disant que son interprétation devait être mon modèle mais j'en suis trop loin et j'ai abandonné l'idée d'émulation...
Pendant le concours Chopin, j'étais frappé par un commentaire de Chantal sur l'interprétation par Shiori KUWAHARA. Du coup à ce moment là, j'ai écouté avec l'attention son Largo, qui était soigné et bien joué mais comme Chantal, je ne reste pas avec elle, je décroche. Au début je pensais que c'était simplement que son tempo général était plus lent, mais le temps pris est le même que l'interprétation de Pires, par exemple, alors je crois que c'était comment elle prend son temps qui ne m'allait pas. Je me souviens que Hémiole a beaucoup aimé Kuwahara, j'imagine que son interprétation du Largo a fait un effet différent, comme Yundi.
Par contre, mon impression à l'interprétation de Kissin était similaire des interprétations exprimées par Chantal et par Hémiole -
Chantal a écrit :Je n'ai pas du tout aimé Kissin : trop fort, main gauche trop présente à mon goût, pas assez de délicatesse dans le toucher. Bref, ce n'est pas MON Chopin. (Et ce n'est pas l'Ecole Russe qui est en cause, car j'aime bien Emil Gilels dans cette sonate).
- mais je trouve que différemment que les interprétations du concours de Chopin, il donne sa vision très distincte, une affirmation de son style, même si ça ne nous convient pas de tout, il "interprète". Peut-être que c'est pourquoi s'il y a une des trois interprétations qui ressemblent à l'interprétation de Kuwahara, je dirais que l'interprétation de Yundi Li, il y a une neutralité ou une sobriété que le concours impose, si on veut gagner...Hémiole a écrit : mercredi 21 janv. 2026 23:12 choisit l'emphase pour passer cet obstacle mais pour moi ça trahit l'oeuvre et c'est limite lourdingue.
Voilà, je ne sais pas si mes remarques vous "parlent"...
Re: Ecoute comparative d'un mouvement de 3ème sonate de Chopin
Lee merci de nous raconter ton lien si particulier avec ce morceau et d'expliquer pourquoi tu as partagé ces interprétations précisément.
Je crois qu'on ressent et qu'on dit la même chose à propos de l'interprétation de Maria Joao Pires !
Pour Kuwahara mon appréciation était générale, je ne me rappelle plus du tout de son interprétation du largo de cette sonate. Elle réussissait d'après moi plus que beaucoup d'autres à exprimer de la personnalité dans son jeu. Après on aime ou pas.
Faut-il abandonner l'idée d'émulation comme tu dis en tentant de suivre un modèle qu'on admire ? Je ne crois pas, car comme dans tous les arts, commencer par essayer de copier les meilleurs est une bonne manière d'apprendre. Après il faut accepter qu'il reste un écart incompressible entre nous et les modèles. Mais l'émulation nous entraîne dans la bonne direction...
Je crois qu'on ressent et qu'on dit la même chose à propos de l'interprétation de Maria Joao Pires !
Pour Kuwahara mon appréciation était générale, je ne me rappelle plus du tout de son interprétation du largo de cette sonate. Elle réussissait d'après moi plus que beaucoup d'autres à exprimer de la personnalité dans son jeu. Après on aime ou pas.
Faut-il abandonner l'idée d'émulation comme tu dis en tentant de suivre un modèle qu'on admire ? Je ne crois pas, car comme dans tous les arts, commencer par essayer de copier les meilleurs est une bonne manière d'apprendre. Après il faut accepter qu'il reste un écart incompressible entre nous et les modèles. Mais l'émulation nous entraîne dans la bonne direction...