Bonjour
A Beuvray, j'ai eu deux moments pendant lesquels je ne pouvais plus lire ma partition à cause du trac. Je ne sais pas si c'était parce que mon regard est parti ailleurs et je n'arrivais pas à retrouver ma place à temps, ou si c'était parce que j'étais figée avec le trac.
Après, je me suis dit, bon, je dois apprendre toujours mes morceaux par cœur pour jouer devant les autres. Mais il y a beaucoup entre vous qui jouez souvent avec la partition. Comment faites-vous ? Vous ne lâchez pas le regard sur la partition ou vous marquez des repères pour entrainer quand vous changez de regard et comment retrouvez votre place, ou autre... ?
Merci pour vos lumières.
Jouer avec la partition et le trac
Re: Jouer avec la partition et le trac
Moi je m'accroche à la partition comme un alpiniste à sa corde de sécurité
Mais samedi j'ai quand même eu un moment où j'ai eu un peu de mal à retrouver la corde dans Rachmaninov à un endroit où je regardais où je mettais mes doigts (ça arrive forcément de temps en temps)... Ça a généré une petite hésitation/cafouillage. C'est assez rare (enfin je veux dire pour cette raison spécifique, parce qu'il y a évidemment bien d'autres raisons de cafouiller
), mais si il y a des moments où on doit quitter la partition des yeux je pense qu'il faut bien programmer où le regard doit revenir après...
Mais samedi j'ai quand même eu un moment où j'ai eu un peu de mal à retrouver la corde dans Rachmaninov à un endroit où je regardais où je mettais mes doigts (ça arrive forcément de temps en temps)... Ça a généré une petite hésitation/cafouillage. C'est assez rare (enfin je veux dire pour cette raison spécifique, parce qu'il y a évidemment bien d'autres raisons de cafouiller
- Midas
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Re: Jouer avec la partition et le trac
Quant à moi, autrefois (il y a longtemps), je jouais mes morceaux de mémoire en ne gardant la partition que au cas où, ou pour lire quelques notes de la main gauche. Je faisais beaucoup appel à ma mémoire mécanique, et j'avais donc peu de morceaux en registre. Petit à petit, à mesure que je me lassais de travailler les morceaux au point de les jouer comme un canard sans tête, mon registre s'est étoffé, et j'intégrais toujours plus de notes dans ma lecture de la partition. J'ai fini par atteindre un seuil ou la lecture était indispensable, mais certaines notes restaient jouées de manière mécanique en liaison avec la mémoire auditive, en particulier à la main droite. Je suis entré dans une zone d'incertitude où je ne pouvais plus m'appuyer ni sur ma mémoire mécanique, ni sur ma lecture. A la moindre tension, cette dernière était la première à voler en éclats comme une bulle de savon, et je ne lisais plus rien. D'où une longue période où le jeu en public a été un calvaire, alors que le trac en soi (dans le sens d'appréhension) avait beaucoup diminué par rapport à mes débuts (j'en avais beaucoup discuté avec Hémiole).
Grâce à l'orgue, qui est très exigeant avec ses trois portées mais avec lequel les déplacements de mains sont moins importants, j'ai dû petit-à-petit améliorer ma lecture, au point de lire presque tout maintenant. Ce n'est pas encore le stade des bons déchiffreurs, mais c'est déjà beaucoup plus sécurisant, et j'ai souvent quelques notes à une demi-mesure d'avance dans ma lecture (ce qui est gigantesque pour quelqu'un qui n'a pas appris à lire la musique jeune comme moi). En cas d'absence, j'arrive plus facilement à m'accrocher à la "corde de sécurité" chère à Hémiole et à repartir. Par contre, ce n'est pas aussi efficace qu'un par-coeur travaillé à fond, du moins pas à ce stade, et c'est la contrepartie du fait que j'ai deux répertoires (d'une bonne vingtaine de morceaux chacun) que je maintiens en parallèle. Le but est d'arriver à un stade où la lecture est tellement naturelle qu'elle permette la même aisance qu'un bon par-coeur. Ce n'est pas impossible, ça existe, j'ai vu faire chez des personnes qui ne savent même pas quel mécanisme est à l'oeuvre tellement c'est naturel pour elles. A mon âge, c'est sans doute déraisonnable, mais comme me le disait souvent ma mère, "il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer". La façon avec laquelle j'ai réussi à intégrer le jeu au pédalier le prouve, elle a surpris tout le monde, moi le premier.
Grâce à l'orgue, qui est très exigeant avec ses trois portées mais avec lequel les déplacements de mains sont moins importants, j'ai dû petit-à-petit améliorer ma lecture, au point de lire presque tout maintenant. Ce n'est pas encore le stade des bons déchiffreurs, mais c'est déjà beaucoup plus sécurisant, et j'ai souvent quelques notes à une demi-mesure d'avance dans ma lecture (ce qui est gigantesque pour quelqu'un qui n'a pas appris à lire la musique jeune comme moi). En cas d'absence, j'arrive plus facilement à m'accrocher à la "corde de sécurité" chère à Hémiole et à repartir. Par contre, ce n'est pas aussi efficace qu'un par-coeur travaillé à fond, du moins pas à ce stade, et c'est la contrepartie du fait que j'ai deux répertoires (d'une bonne vingtaine de morceaux chacun) que je maintiens en parallèle. Le but est d'arriver à un stade où la lecture est tellement naturelle qu'elle permette la même aisance qu'un bon par-coeur. Ce n'est pas impossible, ça existe, j'ai vu faire chez des personnes qui ne savent même pas quel mécanisme est à l'oeuvre tellement c'est naturel pour elles. A mon âge, c'est sans doute déraisonnable, mais comme me le disait souvent ma mère, "il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer". La façon avec laquelle j'ai réussi à intégrer le jeu au pédalier le prouve, elle a surpris tout le monde, moi le premier.
Re: Jouer avec la partition et le trac
Pour moi la partition me rassure, car j'ai peur des trous de mémoire si je joue par coeur. Cela veut dire que je ne suis pas obligée d'apprendre vraiment par coeur (c'est à dire, de tout solidifier pour éviter à tout prix le trou de mémoire, ce qui est très intéressant pour l'interprétation mais qui prend du temps et de l'énergie).
Cela veut dire aussi que je connais en fait une bonne partie par coeur, en particulier les tournes ou les passages trop rapides pour être lus.
Et que je sais où j'en suis sur la partition si je ne la regarde pas: je travaille avec la partition sur le pupitre et j'ai des repères visuels autant que mécaniques. Je ne les écris pas exprès mais je sais que en haut à droite c'est la série d"'arpèges, que à droite au milieu il y a tel accord etc.
Si je travaille par coeur, et que je veux la partition en sécurité, alors il faut qu'elle soit physiquement présente quand je travaille, pour que les repères soient intégrés, sinon en effet je serais perdue: le fait de poser son regard sur la partition et de ne pas comprendre ce qu'on lit ajoute une difficulté.
Cela veut dire aussi que je connais en fait une bonne partie par coeur, en particulier les tournes ou les passages trop rapides pour être lus.
Et que je sais où j'en suis sur la partition si je ne la regarde pas: je travaille avec la partition sur le pupitre et j'ai des repères visuels autant que mécaniques. Je ne les écris pas exprès mais je sais que en haut à droite c'est la série d"'arpèges, que à droite au milieu il y a tel accord etc.
Si je travaille par coeur, et que je veux la partition en sécurité, alors il faut qu'elle soit physiquement présente quand je travaille, pour que les repères soient intégrés, sinon en effet je serais perdue: le fait de poser son regard sur la partition et de ne pas comprendre ce qu'on lit ajoute une difficulté.