Du côté des soignants

en vrac !
Summertime
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Du côté des soignants

Message par Summertime »

Le texte qui suit a été posté sur cette page Facebook : https://www.facebook.com/pg/Communification/posts/

Ce matin, en me réveillant, je pleure. En déjeunant, je pleure. En me préparant, je pleure. En conduisant jusqu'à mon travail, je pleure.
Là, dans les vestiaires de l'hôpital, je sèche mes larmes.

J'inspire. J'expire.
Les gens dans les lits pleurent aussi, et c'est à moi qu'il incombe de sécher leurs larmes. De leur faire une petite blague, de leur dire un petit mot, histoire de les faire sourire un peu. Oublier une seconde qu'ils sont là, coupés du monde, une épée de Damoclès au dessus de la tête. Tout ceux qu'ils voient sont habillés intégralement, masqués, protégés, c'est anxiogène. Ils se sentent seuls, abandonnés.

Alors j'inspire, j'expire.
Je reviens dans la chambre pour la troisième fois, et tant pis si on me dispute pour le gâchis de blouse, parce que leur code wifi ne marche pas et que c'est leur seul moyen d'être en contact avec leurs proches : les visites sont interdites, le réseau téléphonique ne passe que très mal dans la chambre. Ils pleurent, parce que tout le monde s'inquiète et que du coup, ils s'inquiètent aussi, mais veulent avant tout rassurer.

Alors j'inspire, j'expire.
Et je rassure aussi, même si juste avant le médecin m'a dit que ça puait et qu'il allait probablement finir la soirée en réa, un tuyau au fond de la gorge. Je parle du temps qu'il fait, comme un pied de nez de l'univers en période de confinement, mais je ne parle pas de tous ces gens dehors qui ne respectent pas ces nouvelles règles.
A quoi bon dire à ce patient, médecin généraliste, qu'on croise des gens dans la rue, masque FFP2 inutile et incorrectement mis sur le nez, alors qu'un tel dispositif lui aurait évité à lui de se retrouver dans un lit d'hôpital.
A quoi bon dire à ce patient que, pendant qu'il est là à attendre de savoir ce que le destin lui réserve, tout le monde dehors lui crache à la gueule.
Pendant qu'il est là à progressivement mais rapidemment passer des lunettes à oxygène au masque à haute concentration à la machine de VNI jusqu'à devoir aller en réa se faire intuber, à condition qu'il y reste de la place, les gens débattent de la distance autorisée pour faire leur jogging et de si ils peuvent promener leur chien à deux.

Alors j'inspire, j'expire.
Je gère les sorties, de bonnes ou de mauvaises augures, les entrées. Le flux interminable de patients, en plus ou moins bon état. Je marche, je cours, je vole, ma charlotte me fait mal au front, mon masque me fait mal au nez et me donne la tête qui tourne, l'élastique de mon masque, couplé à mes deux paires de lunettes, me fait mal aux oreilles, mes mains me font mal à force de les laver.
Mais je prends des tensions, je scope, je prends des températures, des saturations, je perfuse, je fais des prises de sang, des dépistages, je réfléchis, surtout.
Je réfléchis à comment regrouper mes soins pour éviter le gâchis de matériel d'habillage, je réfléchis à comment donner des nouvelles aux familles qui appellent sans trop inquiéter mais sans non plus minimiser, on ne sait jamais, je réfléchis à combien de temps je vais pouvoir tenir à ce rythme.
Je réfléchis au fait qu'on n'est pas encore arrivés au pic de l'épidémie, par ici.
Je réfléchis à ce moment inévitable où il n'y aura plus rien pour s'habiller et se protéger correctement, je réfléchis à ce moment inévitable où il n'y aura plus de place en réa et où il faudra dire à ce patient, à sa famille, qu'on ne peut plus rien faire pour lui si ce n'est espérer, et le soulager.

Alors j'inspire, j'expire.
Ma journée de travail se termine et je passe le relais à un collègue. Je me change. Je prends ma voiture. Je rentre chez moi.
Je n'allume pas la télé, qui ressasse en boucle le nombre de nouveaux décès. J'essaie de rester loin des réseaux sociaux, qui ressassent en boucle les débats futiles des gens face à leur confinement. Je lis les messages de mes proches, qui me donnent du courage, et je rassure, encore.
Je lis les initiatives telles que les applaudissements collectifs à 20h et je pense "au lieu de m'applaudir, j'espère que vous êtes plutôt resté chez vous aujourd'hui, comme il vous l'a été demandé". Au lieu de nous applaudir, j'espère que vous n'oublierez pas et que vous arrêterez de nous cracher à la gueule.

Alors j'inspire, j'expire, et j'espère.

Je ne suis pas une super-héroïne, je ne fais que mon travail, et j'ai besoin de tout le monde pour qu'il soit facilité : restez chez vous au maximum, arrêtez de chercher (et donc trouver) des excuses à la con pour sortir de chez vous 12 fois par jour, même si "oui mais je fais attention".
Profitez de votre canapé, de vos jeux vidéos, de votre foyer, faites du ménage et de la cuisine avec toutes vos pâtes, pensez à tous ces lundis où il a été si difficile de sortir de chez vous.
Inspirez, expirez, et ce sera plus facile pour tout le monde.
Inspirez, expirez, puisque vous avez la chance de pouvoir le faire.

Élise Cordier,
Infirmière à l'hôpital de Besançon
Modifié en dernier par coignet le dimanche 22 mars 2020 15:21, modifié 1 fois.
Raison : édité par Coignet pour ajout de la provenance du texte

catherine
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Re: Du côté des soignants

Message par catherine »

:sad: et :bravo:
Je dois dire que je suis terrifiée depuis plusieurs jours à la perspective de vivre cela... ce qui me fait honte d'ailleurs. On ne peut tout simplement pas être prêt à ça. On doit savoir ce qui se passe pour se serrer les coudes, on doit aussi rester au présent de tout ce qui nous fait du bien; c'est difficile mais il le faut. Plus on a de temps pour se préparer, comme ici en Bretagne, plus on pourra être efficaces, même si on est dépassés.
Merci Noelle, et attention aussi: protégeons-nous émotionnellement quand même, un peu...

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Re: Du côté des soignants

Message par floyer »

catherine a écrit : samedi 21 mars 2020 12:43 ce qui me fait honte d'ailleurs.
Un sentiment de peur ou d’impuissance est naturel vu l’ampleur de ce qui arrive. Il n’y a pas à avoir honte.

Summertime
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Re: Du côté des soignants

Message par Summertime »

Oui, Catherine, je crois vraiment qu'on ne peut pas être prêt à ça, c'est le ciel qui vous tombe sur la tête avec un manque cruel de moyens. J'espère de tout cœur que vous serez un peu moins impactés et un peu mieux préparés.
Mais il faut vraiment faire passer le message du "Restez chez vous" à tous ces gens qui se croient en vacances et invincibles, quitte à leur faire peur.
Bon week-end à toi, chère Catherine. :coeur:

PS : et tu n'as à avoir honte de rien ! Personne n'aimerait être à ta place et ton courage force l'admiration.
J'ai honte, moi, de ne rien pouvoir faire pour aider.....

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Re: Du côté des soignants

Message par Laure »

Un lien vers ce site gouvernemental, pour ceux qui veulent/peuvent aider :
https://covid19.reserve-civique.gouv.fr/

Summertime
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Re: Du côté des soignants

Message par Summertime »

Merci Laure, c'est intéressant.
Hélas, pour ma part je suis confinée dans ma maison au milieu des bois donc aucune situation de proximité.
Et mon mari est atteint d'une maladie pulmonaire chronique donc prudence ++++.

Summertime
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Re: Du côté des soignants

Message par Summertime »

Ce texte a été posté sur cette page Facebook : https://www.facebook.com/RamousPageOffi ... 43/?type=3
____________________________________

Tu le vois bien cet écouvillon ?
C'est celui-là qu'on mettra dans ton nez lorsque tu viendras pour savoir si tu es positif à cette saloperie de virus.
Pour éviter ça, c'est simple, tu te comportes chaque jour comme si tu étais contaminé et tu restes chez toi.
Je sais que c'est une épreuve qui demande un très gros travail sur soi mais tu peux y arriver, j'en suis certaine.
Ce midi, j'ai une pensée attristée pour la femme qui s'est défenestrée et qu'on a réanimée toute la nuit,
Une pensée énervée envers le jeune homme qui a pris un coup de couteau pour une histoire de "deal" et qui mobilisera mes collègues pendant plusieurs heures,
Une pensée écœurée pour l'homme qui vient aux urgences pour se faire recoudre après s'être battu dans un magasin pour du PQ !!
Restez tranquille SVP !!!
Et profitez de vos p'tits nids douillets, soyez créatifs et choyez vos proches si vous avez la chance de les avoir près de vous.
Réalisez que les gens atteints de ce virus meurent sans leurs proches et avec des astronautes à côté d'eux,
Réalisez qu'on ne peut plus enterrer nos morts comme il se doit,
Réalisez que les femmes enceintes vont accoucher seules...
Et surtout, réalisez qu'on a tous notre rôle à jouer dans cette histoire.
Il faut agir tous ensemble et à l'unisson !
Il y a eu un "avant", il y a un "pendant" où l'on se trouve actuellement, qui sera long et éreintant mais il y aura aussi un tant attendu "après".
Un APRÈS qu'il faut rapprocher le plus possible de nous !
Notre président l'a dit : "Nous sommes en guerre !!!".
Une guerre sanitaire mais une guerre quand même et avec un ennemi invisible si redoutable.
Ce midi, je quitte le CHU qui est devenu ma maison, le cœur si lourd, et en marchant, j'ai même senti des larmes couler le long de mes joues et je me demande comment on a fait pour en arriver là ???
En fait, la planète reprend seulement ses droits.
Je comprends pourquoi l'état est prêt à payer des taxis à ses soignants, c'est pour éviter de trop effrayer la population qu'elle pourrait croiser au retour de ses journées comme cet homme que j'ai croisé avec son chien en laisse qu'il avait sûrement déjà sorti trois fois depuis ce matin !!!
#Stayhomeplease 🙏"

Audrey Noah, coordinatrice au CHU Henri Mondor à Créteil
Modifié en dernier par coignet le dimanche 22 mars 2020 15:21, modifié 1 fois.
Raison : édité par Coignet pour ajout de la provenance du texte

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coignet
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Re: Du côté des soignants

Message par coignet »

Élise Cordier et Audrey Noah ont-elles donné l'autorisation de publier leurs textes ici ?

Si non, la loi, concernant les droits d'auteur, précise qu'il est possible de faire de courtes citations, puis de donner l'origine de la publication, soit titre et url, dans ce cas. Ceci seulement bien sûr si ces textes proviennent de pages rendues publiques par leurs auteurs. Pas si elles sont privées (pages Facebook par exemple).

Merci de me fournir une réponse.

Laure
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Re: Du côté des soignants

Message par Laure »

Il semble que ces textes sont publiés en "public" sur Facebook car je les y retrouve sans avoir de compte FB. On peut donc penser que leurs autrices les laissent libres de circulation ?

Cela dit, si l'objectif - que je comprends - est ici de sensibiliser les gens aux difficultés auxquelles sont actuellement confrontés les personnels soignants, je ne sais pas si ces textes atteignent vraiment leur but : certes, ils touchent à des réalités dont nous n'avons pas forcément conscience - et encore, je crois qu'on peut assez bien se les représenter - mais ils sont surtout très chargés en émotions brutes, sans traitement, sans mise en perspective. Je ne suis pas sûre que les témoignages chocs soient vraiment de nature à responsabiliser et personnellement, je ne sais jamais comment m'emparer de ce genre de texte ; non pas que je ne perçoive pas très bien la situation de détresse et le désarroi qui les produisent, mais parce que je ne sais pas ce qu'il attendent de moi, si ce n'est une forme de terreur, de sidération, voire de culpabilité inopérantes. Je veux dire : à un moment, il faut bien qu'il y ait distanciation.

C'est un avis tout personnel, bien sûr. Au demeurant, la présence de ces textes ici ne me dérange pas.
Chacun fait ce qu'il peut ou ce qu'il croit juste dans l'instant pour apprivoiser l'angoisse qui le saisit parfois.

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Re: Du côté des soignants

Message par coignet »

Laure a écrit : dimanche 22 mars 2020 14:40 Il semble que ces textes sont publiés en "public" sur Facebook car je les y retrouve sans avoir de compte FB. On peut donc penser que leurs autrices les laissent libres de circulation ?
Alors, s'ils sont sur une page publique, il suffit d'en donner le lien. Si ce n'est pas le cas, il faut les retirer.

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