Aller au bout...finalement non...

les pianautes au clavier
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Lee
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Aller au bout...finalement non...

Message par Lee »

:oops: Ceci est partiellement un aveu et des excuses...

Plusieurs fois, je poste un enregistrement, et je vous dis que c'est en travail, que j'ai la motivation de travailler le morceau encore...j'avais vraiment l'intention, et finalement je ne l'améliore pas vraiment, je le lâche. En fait sans un évènement, j'ai du mal à maintenir le travail et la motivation. Je me demande si le simple fait de poster l'enregistrement a l'effet de rendre le devoir et vouloir oublier. :idea: Mais depuis peu, je me rends compte du schéma mauvais et voilà, je vous en parle.

Donc d'abord c'est pour dire que à l'avenir, traitez-moi comme le garçon qui crie au loup, pas besoin de contribuer grande chose qui servira à rien. :tape: :yeux: Et deuxièmement, si ça vous arrive d'être certain.e que vous allez travailler telle œuvre pour simplement l'abandonner, c'est du à quoi selon vous ? Comment résister ça pour aller au bout ?

Merci.

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Claudia
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Re: Aller au bout...finalement non...

Message par Claudia »

Déjà il faudrait savoir ce que c'est que d'aller "au bout". Je pense qu'il n'y a pas de bout.
Ce qui motive d'avance, ce qui fait que le morceau reste en nous comme une aventure encore vivante, et qui donc nous pousse à rester encore sur ce morceau, à le travailler encore et encore, c'est la recherche de choses précises qui sont à mi-chemin entre ce qu'on fait et ce qu'on veut faire et donner à entendre; ce n'est pas un objectif théorique ou abstrait de réussite finale. Ce qui motive c'est une sorte de pensée ou d'obsession qui se tisse dans l'écriture du morceau, et qui se traduit par une recherche, orientée, précise, qui s'affine de plus en plus, ce qui fait dire aux pianistes avancés que la zone du travail qui se rapproche le plus de la beauté et de la vérité du morceau est la plus difficile à traverser, celle qui résiste le plus.
Donc je pense que quand on abandonne, c'est parce qu'on ne sait pas ce qu'on cherche vraiment. Ça m'est arrivé avec mon premier morceau de Ravel, je n'ai pas trouvé de clés; une fois le morceau monté je me suis sentie dans un monde inconnu où je ne savais pas comment avancer, je ne sais pas exactement ce que je dois chercher, et ne le sachant pas je ne peux pas en avoir envie. Je pense que ça peut arriver à n'importe quel stade du travail si ce qu'on "doit" faire pour avancer ne s'est pas transformé en une nécessité impérieuse pour nous. Il ne s'agit pas d'appliquer des consignes, mais de laisser la musique dévoiler ses fils cachés, aller au devant de ça comme un explorateur qui découvre les traces d'une ville ensevelie ou un manuscrit sacré.
En te lisant j'ai aussi reconnu quelque chose qui est un peu paradoxal: comme si le fait de partager un enregistrement éteignait la flamme. Je pense que tous tes enregistrements ont été accueillis avec bonheur, car tu exprimes ta sensibilité et ton goût dans tout ce que tu fais et tu procures une émotion à ceux qui t'écoutent, ce qui est la raison d'être de la musique. Donc ce n'est pas la réaction de ceux qui t'écoutent qui atténue ton désir par la suite, mais autre chose. Ce serait intéressant de savoir quoi.
Peut-être faut-il être très solide pour partager sa musique. Et peut-être, encore plus solide pour simplement faire de la musique. Peut-être que cette solidité est quelque chose de solitaire, comme une forteresse, de sorte que jouer en public, ne pas jouer en public, s'enregistrer, ne pas s'enregistrer, ne changent rien au travail le plus profond que l'on fait sur un morceau. Je mets mille "peut-être" à ce que je dis, parce que je ne le sais pas, mais ce sont des questions que je me pose souvent, et ce que tu écris m'y a fait penser.

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Hémiole
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Re: Aller au bout...finalement non...

Message par Hémiole »

Claudia a raison : parce que le "bout" n'existe pas vraiment... Alors on pense qu'on y arrivera jamais donc pourquoi essayer ?
Ou parce qu'on poste un enregistrement en s'engageant à faire mieux, mais que finalement on n'imagine pas vraiment faire quelque chose de notablement différent ? Ça dépend du stade où on est au 1er enregistrement. Parce que ça demanderait encore beaucoup (trop) de travail pour une amélioration incertaine ?
Parce que l'amélioration qu'on annonce n'est pas assez spécifique ? Il est plus facile d'atteindre des objectif précis et bien définis, qu'un vague objectif flou.
Et enfin, surtout pour toi Lee, parce qu'il n'y a pas une échéance précise pour fournir un meilleur résultat ? C'est pourquoi des rencontres régulières, en visio alternant avec du réel, obligent à mieux travailler, et à aller "jusqu'au bout" du moins à quelque chose de présentable.
Donc en résumé, le remède me paraît être de définir de manière précise ce qu'on veut améliorer et en combien de temps/pour quelle date.
"Les arts sont le plus sûr moyen de se dérober au monde ; ils sont aussi le plus sûr moyen de s'unir avec lui."
Franz Liszt

catherine
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Re: Aller au bout...finalement non...

Message par catherine »

Il faut ajouter à tout cela l'envie de découverte. On ne peut jamais arriver "au bout", donc on pourrait travailler indéfiniment une seule pièce, voire une seule mesure, et il y aurait encore des choses à améliorer... mais on a envie de nouveauté et donc on se tourne vers autre chose. Je pense aussi à cette idée de découragement, quand on sait qu'il faudrait faire mieux, mais on ne sait pas comment faire mieux et donc on est devant une direction floue et donc on n'y va pas... sauf si on a une échéance qui nous pousse à chercher encore un peu. Dans l'idée de découverte il y a aussi trouver des clés à travers une autre pièce, une autre atmosphère, un autre désir, pour aller finalement trouver des points communs, faire de ponts, se nourrir de chaque rencontre musicale. Dans les enregistrements il faudrait aussi pouvoir être sûr que le suivant a progressé, mais souvent nous ne savons pas et nous nous autorisons à faire une pause, c'est bien aussi, les enregistrements demandent beaucoup d'énergie qui n'est pas toujours disponible ....

JPS1827
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Re: Aller au bout...finalement non...

Message par JPS1827 »

Bien sûr il n'y a pas de "bout". Je trouve qu les enregistrements en cours de travail sont très utiles, il déplacent souvent l'attention sur des éléments plus importants que ceux qui nous préoccupent et donnent souvent en eux-même la solution pour améliorer ces passages.

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Lee
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Re: Aller au bout...finalement non...

Message par Lee »

Merci beaucoup pour vos messages perspicaces, je me retrouve dans chacun, et parfois les réponses aux questions d'autres posées. Peut-être qu'en disant "au bout" je me suis mal exprimée, c'est simplement un aboutissement... Quand j'étais jeune, le prof disait "ok, c'est bon, tu peux travailler d'autre chose." Je pense que le fait que je me gère mon apprentissage et je décide de prendre ou laisser ou arrêter de travailler toutes mes œuvres, sans confirmation de ma prof, n'est pas forcément une bonne chose pour moi. Surtout quand les Pianautes me donnent des bonnes pistes pour améliorer encore... :oops: J'imagine que beaucoup entre vous laisser vos profs décider ces étapes ? :saint:
Claudia a écrit : mardi 30 nov 2021 23:25 Je pense que ça peut arriver à n'importe quel stade du travail si ce qu'on "doit" faire pour avancer ne s'est pas transformé en une nécessité impérieuse pour nous. Il ne s'agit pas d'appliquer des consignes, mais de laisser la musique dévoiler ses fils cachés, aller au devant de ça comme un explorateur qui découvre les traces d'une ville ensevelie ou un manuscrit sacré.
En te lisant j'ai aussi reconnu quelque chose qui est un peu paradoxal: comme si le fait de partager un enregistrement éteignait la flamme. Je pense que tous tes enregistrements ont été accueillis avec bonheur, car tu exprimes ta sensibilité et ton goût dans tout ce que tu fais et tu procures une émotion à ceux qui t'écoutent, ce qui est la raison d'être de la musique. Donc ce n'est pas la réaction de ceux qui t'écoutent qui atténue ton désir par la suite, mais autre chose. Ce serait intéressant de savoir quoi.
Je crois le "quoi" est dans le message d'Hémiole :
Hémiole a écrit : mercredi 1 déc 2021 14:45 Ou parce qu'on poste un enregistrement en s'engageant à faire mieux, mais que finalement on n'imagine pas vraiment faire quelque chose de notablement différent ? Ça dépend du stade où on est au 1er enregistrement. Parce que ça demanderait encore beaucoup (trop) de travail pour une amélioration incertaine ?
A vrai dire, j'essaie d'appliquer les suggestions ou conseils reçus, mais en général si je ne suis pas obligée de jouer le morceau pour un évènement particulier, après quelques jours je me lasse du travail qu'il faut fournir pour peut-être arriver à une version notablement différent.
catherine a écrit : mercredi 1 déc 2021 20:13 sauf si on a une échéance qui nous pousse à chercher encore un peu. Dans l'idée de découverte il y a aussi trouver des clés à travers une autre pièce, une autre atmosphère, un autre désir, pour aller finalement trouver des points communs, faire de ponts, se nourrir de chaque rencontre musicale.
J'aurais jamais pensé à cette idée des ponts et des points communs, c'est très intéressant, ça pourrait être la ligne de sauvetage pour garder l'autre œuvre en travail. :idea:
JPS1827 a écrit : jeudi 2 déc 2021 08:09 Je trouve qu les enregistrements en cours de travail sont très utiles, il déplacent souvent l'attention sur des éléments plus importants que ceux qui nous préoccupent et donnent souvent en eux-même la solution pour améliorer ces passages.
Oui en fait par ton message, je me rends compte de ne pas m'enregistrer suffisamment juste pour moi pour m'écouter en stade de travail, c'est peut-être aussi pourquoi j'ai l'impression qu'une fois un enregistrement fait et posté ici, j'ai fait mon job. :kloun: :oops:

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