comment se contenter d'un résultat médiocre?

les pianautes au clavier
Galadrielle
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comment se contenter d'un résultat médiocre?

Message par Galadrielle »

… pas plus tard qu'hier, j'ai visionné les vidéos de la clef USB de mon dernier stage et, quand je me suis vue et entendue, j’ai pensé deux choses :


1) La coiffeuse m’a vraiment ratée. Mais ça, c’est pas grave, c’est temporaire !


2) Je joue mal… ça c’est plus ennuyeux car je sens que ça risque de perdurer. J’ai trouvé mon jeu :

- Approximatif : un vrai paquet de fausses notes, surtout dans le Villa Lobos (Impressoes Sereisteras que Line Marie avait fort bien interprété à Beuvray il y a deux ans) ; des sauts mal maîtrisés conduisant à une retombée de la main sur quelques mauvaises touches, et cela assez fréquemment. Du coup, les endroits un peu dissonants deviennent très dissonants, et les endroits consonants se voient ornés de petites dissonances inattendues… !

- Manquant terriblement de nuances : presque pas de piano…j’ai pour ainsi dire joué tout pareil : assez fort (mais pas suffisamment fort là où ça devait l’être). Là encore je pense surtout au Villa Lobos mais pas uniquement, sur le nocturne de Scriabin pour la main gauche, qui n'est pourtant pas si dur, on entend trop la partie accompagnement (j’allais dire la main gauche… !). Et ça manque de fluidité, on sent passer certains sauts.

- Crispé : je suis raide comme un piquet. Je ne joue qu’avec les mains et les doigts. Je sais bien que j’ai ce défaut depuis le début mais je constate avec dépit que ça ne s’améliore pas tellement…

En conclusion de tout ça, je traverse une crise de découragement et de démotivation (qui avait commencé avant ; elle n’est pas due au stage.)

Je suis bien consciente qu’un remède pourrait être de jouer des morceaux plus faciles, comme ça j’aurais des chances de les jouer à peu près bien (mais je ne suis même pas sûre en fait que le résultat me plairait) ; le problème est que j’aime les pièces débordantes de notes, d’accords, de passages rapides, de passion… A quelques exceptions près, comme le mvt lent du concerto pour 2 pianos de Mozart (je n'ai plus la référence en tête), qui a peu de notes et que j’ai pris beaucoup de plaisir à jouer (Marie-Hélène l’avait joué très bien en stage l’année dernière), je n’aime pas les morceaux simples et épurés.

Peut-être l’erreur tient-elle au fait de vouloir jouer ce qu’on aime écouter ? Parce que, de plus, comme on les aime, ces morceaux, on les connaît, on les a entendus, et on ne peut s’empêcher de comparer aux mille magnifiques versions que l’on n'arrivera jamais à imiter, même imparfaitement.

Pour finir pourquoi joue-t-on du piano, si le résultat n’est pas beau ? Malgré tout le temps qu’on y a passé, tout le travail que ça a demandé, tous ces soirs où l'on s’est obligé à s’y mettre alors qu’on n’avait même pas envie, tous ces samedis après-midi passés devant le clavier en se sentant coupable de ne pas consacrer plus de temps aux enfants… Voilà où j’en suis… !
J'ai déjà connu ce type de passage à vide mais celui-ci est d'une intensité exceptionnelle, je me pose vraiment des questions... Faut-il arrêter quelques temps??

bon dimanche...!

Laure
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Re: comment se contenter d'un résultat médiocre?

Message par Laure »

Je ne pas sûre que ce que tu décris soit une question de difficulté de morceau, ou en tout cas, ce n'est sûrement pas la raison principale. Je trouve paradoxalement qu'il est très difficile de se satisfaire de son jeu sur une pièce facile. Avec une pièce difficile, on peut toujours être content d'un trait réussi, d'un phrasé bien fait à tel endroit, même si le reste est raté... avec une pièce facile, on entend de manière très prégnante tout ce qui nous sépare d'un bon pianiste ; je trouve ça très frustrant.

Ce qui m'échappe, c'est la façon dont tu sembles percevoir les grands concertistes comme des modèles écrasants. Bien sûr qu'un profond abîme nous sépare de ces pianistes, c'est bien pour cela que ça n'a pas de sens de s'y comparer. Peut-être faut-il plutôt les percevoir comme des modèles inspirants. Parfois, quand je trouve que je joue comme un pied, j'arrête de jouer et j'écoute une version que j'aime bien, par un grand (ou une grande) : eh bien, quand je retourne au piano, c'est mieux ! L'écoute ne m'a pas magiquement donné un talent que je n'aurai jamais mais juste transmis un plaisir de jouer que je ne trouvais pas sur l'instant.

Bon là, tu nous fais aussi un compte-rendu très critique de ton jeu en public ("la liste de mes défauts") ; c'est encore différent. Sur ce point, tu t'en doutes, je ne vais pas t'être très utile. Mais si cela peut te rassurer, ce que tu décris n'est pas du tout ce que j'ai entendu quand tu as joué à Beuvray. Peut-être... peut-être pourrais-tu revoir une petite chose dans ton attitude en arrivant au piano : c'est très subjectif - évidemment - mais j'ai perçu quelque chose, comme si tu essayais de nous dire "Ca va être nul de toute façon" (pas le genre de pensée qui aide à construire un discours musical)... Là, je ricane bêtement derrière mon écran, à me regarder donner des conseils de ce genre : moi aussi j'ai une petite tendance à me condamner d'avance (dans mon cas à Beuvray, c'était "Oh là, ma petite, tu vas jamais arriver à dire ce que tu veux dire, c'est trop pour toi". De fait, j'ai bafouillé tout le long...)

PS : Et désolée pour ta coiffure :kloun:

Line-Marie
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Re: comment se contenter d'un résultat médiocre?

Message par Line-Marie »

des phases de découragement tout le monde en a.... Et moi comme tout le monde :peur:
Dans un autre post, hier , j'ai écrit que désormais j'avais peur de me lancer dans des pièces très difficiles que je me mets à travailler comme une forcenée pour un résultat médiocre. Deux pianistes aguéris de ce forum ont répondu à ma question et je suis soulagée: dans l'oeuvre que j'envisageais , je ne travaillerai que le début et cela me fera de très bon exercices de mémoire, de sons, d'apprentissages divers et variés.
Vu l'immensité du répertoire pianistique , il est quand même aisé de trouver un morceau à sa mesure et parfaitement inconnu de tout le monde ce qui permet moins de jugement. Nos oreilles sont tellement habituées à Bach , Mozart, Beethoven , Chopin et j'en passe que même si fait attention , une interprétation écoutée au disque surgit dans l'inconscient et incite à la comparaison....

Pourquoi fait-on du piano ? Tu es la seule personne qui peut répondre à ta question.
Je peux t'expliquer pourquoi moi je joue du piano , mais comme je suis différente de toi cela ne te servira certainement pas à grand chose.
Je joue du piano et j'ai ,toute ma vie, eu envie d'en jouer car cela me procure un équilibre personnel. Je suis hyper-active et cela m'a fait souffrir pendant des années et des années parce qu'il y avait peu de monde autour de moi qui est comme çà. J'avais compris très petite que je devais avoir une passion absorbante sinon je "débordais " partout. Et j'adorais regarder et écouter ma sœur jouer (très bien) du piano. Mais mes parents n'ont pas compris ce désir... jamais... Alors j'ai trépigné longtemps jusqu'à finalement pouvoir jouer du piano. J'étais ainsi très occupée...

Quand j'ai repris l'apprentissage du piano il y a 10 ans tout juste, j'étais rempli de bonheur. Tout était fête dans ma tête ! Ce qui n'était pas le cas dans ma famille où des événements graves se sont passés jusqu'en 2017. Mais grâce à l'apprentissage du piano où je naviguais avec gourmandise dans le répertoire connu de tous avec ma prof puis hors des sentiers battus, en moi battait un autre coeur que celui qui devait faire face à tant de détresse.

Tous mes enfants m'ont encouragée à continuer à jouer du piano quand je me décourageais et que je me trouvais nulle et que je me posais les même questions que toi. Et puis les amis chers rencontrés grâce à Pianomajeur sont rentrés dans ma vie et vivent tous dans mon cœur pour longtemps.
grâce à eux, à vous, j'apprends tellement, je découvre tellement et je peux être ce que je suis.

Jouer du piano me permet de relativiser les difficultés de mon métier difficile. Grâce à cette passion , je suis quasiment toujours de bonne humeur pour aller au lycée. Dans ma tête il y a plein de musique , tout le temps et parfois lorsque j'explique à mes élèves , dans ma tête je perçois une solution à un problème posé dans un morceau que je travaille... alors je suis heureuse.

Comme toi j'ai eu une grosse phase découragement depuis janvier ... c'est difficile de prendre de la hauteur par rapport à soi et d’analyser le pourquoi du comment....
Tu fais bien d'exprimer tes doutes et ton questionnement car dans les réponses que de nombreuse personnes vont t'apporter , des mots , des phrases vont entrer en raisonnance avec ce que tu es et modifier tes pensées et peut-être t'aider à trouver ton chemin.

Impressoes Seresteiras de Villa Lobos n'est pas un morceau facile (pour moi) et je l'ai énormément travailleé. je l'ai travaillé pendant plus d'un an avant de le jouer à Beuvray. J'ai passer 6 mois tous les jours , plusieurs fois par jours sur le passage (très difficile pour moi) en polyrithmie où le chant est à la main gauche , comme très souvent dans cette musique.

J'ai très envie de le retravailler d'ailleurs et Festa no sertao aussi .

J'ai réussi à trouver un ensemble de morceau qui va me porter pour l'année scolaire 2019 - 2020 (je sais , le temps s'écoule en année scolaire pour moi, je suis complétement déformée ... mais comme 90% des français !). Dans mon choix de morceaux, il y a deux 4 mains avec Laure dont je suis gourmande et qui demanderont un bon travail de mise en place à deux surtout pour le second. Sinon j'ai choisi un morceau que je peux quasiment joué à vue et qui me plait énormément et puis un autre d'une compositrice qui me touche et qui est d'un niveau moyen , puis le recueil de Rodrigo dont la dernière pièce me demande beaucoup beaucoup de travail, une très belle pièce d'un compositeur français si peu joué et enfin le thème et 3 variations d'une oeuvre très difficile de Szymanovski.
Modifié en dernier par Line-Marie le dimanche 8 sept 2019 12:04, modifié 2 fois.

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Hémiole
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Re: comment se contenter d'un résultat médiocre?

Message par Hémiole »

Ah les crises de découragement! Qui n'en connaît pas ?
Et le verdict d'un enregistrement d'une prestation en public peut être terrible...

Mais tu sembles aussi avoir dans ta tête un "procureur" qui s'exprime bien plus fort que "l'avocat" . Alors je te propose de museler provisoirement le procureur et de laisser parler l'avocat : si tu nous développais 3 points positifs sur ton jeu dans ces vidéos?

La question "Pourquoi joue-t-on ?" est saine de temps en temps, mais le "à quoi bon" systématique est aussi très déprimant dans tous les domaines. Mais si on se juge uniquement à un résultat comparé à ceux des pros, si on se juge uniquement sur des prestations en publics, sur ce qu'on arrive à faire avec des morceaux "difficiles" , si on n'est pas aussi motivés par le travail qu'on fait seul(e) au piano, par l'intérêt de pénétrer dans l'univers d'un morceau avec nos propres moyens, par le fait de s'immerger ainsi dans la musique, alors il y a sans doute un problème.

Ton goût pour les morceaux complexes et difficiles est un défi pour ta motivation c'est sur. Je note le témoignage de Laure sur les morceaux plus faciles, mais pour moi me faire un petit répertoire de morceaux faciles cet été m'a fait beaucoup de bien. Pour les morceaux les plus difficiles qu'on aborde il faut accepter que l'intérêt est plus dans le fait de les travailler que dans le résultat imparfait qu'on va obtenir. Les travailler calmement, de manières variées, éventuellement avec différents profs, sur plusieurs mois, ça peut aussi être payant, il faut alors accepter la patience.

Je te recommande vivement si lire en anglais ne te rebute pas le livre "play it again" d'Alan Rusbridger, qui traite particulièrement bien de ce que c'est d'être un pianiste amateur qui veut aborder un morceau difficile.
"Les arts sont le plus sûr moyen de se dérober au monde ; ils sont aussi le plus sûr moyen de s'unir avec lui."
Franz Liszt

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Claudia
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Re: comment se contenter d'un résultat médiocre?

Message par Claudia »

Bonjour Galadrielle,
Je suis tout à fait d'accord avec les avis qui t'ont été donnés.
J'ajoute deux choses, d'abord sur ce qu'apporte un stage et le rôle du concert de fin de stage. Je trouve que les bienfaits d'un stage se font percevoir sur une durée plus longue, ça fructifie vraiment dans le temps, quand les aspects techniques auront été intériorisés, quand sur d'autres aspects tu commenceras à comprendre leurs ramifications, les applications dans d'autres oeuvres, etc, c'est tout un cheminement. Le concert est une occasion de s'exercer à jouer en public, mais ça reflète un temps T dans lequel tout l'apport du stage n'a pas été encore assimilé, en tout cas pour la plupart d'entre nous.
En plus je trouve qu'en fin de stage on est nerveusement épuisé.
Le meilleur stage que j'ai fait dans ma vie ne s'est pas conclu par un concert proprement dit, pour diverses raisons. Le prof nous a donné la possibilité de jouer sur un Steinway de rêve dans l'auditorium, et comme c'était la journée des concerts des autres groupes il y avait 5 ou 6 personnes dans le public, mais nous on a juste joué des extraits, en étant uniquement concentrées sur l'expérience de jouer sur un tel piano dans un tel espace, on donnait nos sensations, on ouvrait nos écoutilles, on en parlait avec le prof, ce fut génial et inoubliable. Nous avons complètement oublié le public, nous étions à notre affaire et à nos découvertes. Zéro stress, 100% musique y compris dans notre écoute de l'autre (je ne me demandais pas en écoutant ma camarade si elle jouait "bien", mais comment elle s'adaptait à l'espace, à l'acoustique etc.)

Troisième truc méfie-toi des enregistrements, parfois ils ne captent pas du tout les nuances.

Après, il y a l'autre question, à quoi bon, la famille etc. Il y a une chose qu'il faut bien se mettre dans la tête, c'est que les non pianistes n'ont absolument aucune idée du travail que c'est ni du rythme assez lent des progrès. Dans la vie réelle, nous sommes piégés si nous mesurons notre pratique à l'aune du jugement social habituel, comme si nous ne savions pas de quelle matière est fait notre travail. On vit dans une société commandée par l'hyper évaluation, de sorte qu'on demande aux enfants de rapporter un bulletin univoque et bon, on demande à chacun de remplir un contrat, on juge sans arrêt les performances de chacun, et dans tout ça il y a le piano qui est un rythme lent et où la perfection n'existe pas, où il y a des périodes de stagnation dont on comprend à posteriori seulement qu'elles ont permis un mûrissement en profondeur, etc. Donc si tu te juges toi-même selon des critères qui ne correspondent pas à l'essence de la pratique du piano, tu es perdue. Pendant les 10 ans où j'ai simplement appris à avoir quelque chose qui ressemble à un discours musical, et encore sur des pièces pas trop longues, pas trop difficiles, et avec du travail, de l'assiduité sinon je perds tout, pendant ce même laps de temps les enfants de mon compagnon ont passé leur bac fini leurs études trouvé un travail fait un enfant créé une entreprise fait le tour du monde et j'en passe. D'un côté, quoi, 50 pages de musique? De l'autre, des pas de géant dans la vie. La seule manière de vivre cela sereinement c'est de sanctuariser le temps au piano, sans demander la permission ni rechercher l'approbation de personne, et faire son chemin. C'est ton besoin intérieur, ton goût et ta joie de vivre. Si ce que tu aimes c'est les pièces difficiles, et bien travaille tes pièces difficiles, apprends, modifie-toi avec elles, et sois heureuse de l'aventure que tu vis grâce à elles.

Galadrielle
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Re: comment se contenter d'un résultat médiocre?

Message par Galadrielle »

merci beaucoup d'avoir pris ce temps pour me répondre.

@Laure : en fait, je n'essaie pas d'égaler les pros dans mon jeu, je sais bien que c'est fichu d'avance; et comme toi, je joue un peu mieux après avoir entendu la belle version de quelqu'un d'autre, cela m'inspire aussi. Mais le fossé n'est pas tant entre les pros et moi (même si ce fossé est indéniable, ce n'est pas lui qui me gêne), qu'entre ce à quoi je voudrais arriver pour que le morceau que je joue soit agréable à entendre, et ce à quoi j'arrive effectivement. Je suppose que je surestime ma capacité à surmonter les difficultés à force de travail; et je suis ensuite déçue par moi-même.
Quant à ce que je me dis quand j'arrive devant le piano, tu as complètement raison, c'est exactement ça, et en effet ça ne doit pas appuyer mon "discours musical" :-)

@Line-Marie : pour ma part, je ne pense pas être hyper active, en revanche je suis malheureuse si je n'ai pas une activité personnelle, dans laquelle la famille n'a rien à voir; en revanche, bizarrement, je reste assez sensible aux retours d'autrui, et de la famille notamment, sur la dite activité. C'est à dire que si je ne ressens pas de l'approbation, de l'encouragement, cela m'influence; et c'est pire si je me sens carrément coupable. C'est parfois le cas vis à vis de mes filles, qui me font sentir que je ne leur consacre pas assez de temps. Mais je ne vais pas m'embarquer ici dans le détail de notre dynamique familiale, cela m'a joué des tours sur PM :-)

@Marie-Hélène : 3 points positifs… bon, pourquoi pas. Alors le 1) : sur le villa lobos, certains passages sont pas mal. Je dirais que je suis contente de la fin de la page 1 et de la page 2, ainsi que de la reprise du thème (ça ne va pas te parler trop mais bon.) Et j'ai beaucoup amélioré le tempo, ça avance, parfois un peu trop hélas, mais je suppose que c'est mieux que la lenteur excessive. Sur le scriabin la reprise est mieux que la première page et dans la dernière page le chant est assez réussi. Quant au plaisir dont tu parles du travail proprement dit, de l'immersion dans la musique, sans chercher un résultat parfait, je le ressens parfois, mais en fait, c'est assez rare. Je vais regarder le livre dont tu parles, ça ne me gêne pas de lire en anglais, sauf quand c'est très littéraire (j'avais trouvé Jane Eyre un peu pénible…!)

@Claudia : ton stage fait envie, enfin, la fin du stage que tu décris en tout cas. Quant à la question du rythme bien lent du travail au piano, je suis d'accord avec toi, et en effet idéalement il faudrait sanctuariser ce temps, mais je suis sans cesse tiraillée, entre ce temps nécessaire à ce qui est finalement un loisir, et le temps qu'on me demande de donner par ailleurs, pour des choses qui semblent plus importantes, en tout cas, aux yeux du monde extérieur…

Merci encore pour tous ces propos qui enrichiront ma réflexion...

catherine
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Re: comment se contenter d'un résultat médiocre?

Message par catherine »

Très constructives réponses que celles qui ont été données. J'insisterai de mon côté sur la distorsion négative, justement, entre ce qu'on croit faire et ce qu'on fait, c'est à dire ce sévère jugement que tu as sur toi-même. Lorsque je t'ai entendue jouer "en vrai", j'ai entendu de la saine prudence (je pense à Rachmaninoff le prélude, que tu avais pris à un tempo assez lent et qui n'était pas mal du tout comme ça, même si pas encore abouti, et abouti, pour nous amateurs ça veut dire quoi....) et un jeu musical. Les enregistrements aplanissent les nuances, il faut aussi le répéter...
Pour ma part, jouer c'est plusieurs choses et parmi ces choses il y a : me canaliser c'est sûr, peut-être un peu à la façon dont Line-Marie le décrit. Il y a aussi m'immerger dans un grand bain de notes et de sensations, qu'apporte particulièrement bien la musique que tu décris comme pleine de notes et de passion, et aussi m'immerger dans un bain de détails plus sobre, à travers la recherche d'un son, d'une façon de l'obtenir... Pour cela il n'est pas besoin d'avoir un résultat et donc d'être performante. Le travail de la partition et de son univers suffit pour entrer dans ce monde et y trouver de grandes satisfactions qui ne peuvent pas être jugées à l'aune d'un enregistrement.
Maintenant, pour pouvoir être satisfaite de jouer quelque chose "devant" ou plutôt "à" d'autres, c'est vrai qu'il faut de la patience... et que les progrès sont si lents qu'on connait forcément des phases de découragement. Mais ton niveau technique te permet déjà de trouver, dans les sentiers ou hors des sentiers, de quoi faire. Je pense là par exemple, mais ce n'est que parmi beaucoup d'autres possibles, aux préludes de Chopin ou à des pièces de Brahms ou de Mendelssohn... Je pense surtout en fait à des pièces qui ne soient pas trop longues. Je trouve que c'est un vrai critère pour se ré-encourager. Et puis aussi, prends le temps de chercher hors du piano. D'écouter, de surfer, pour découvrir des pièces plus accessibles que tu auras envie de jouer. Et aussi, parfois une petit pause fait du bien... il ne faut pas, à mon avis, qu'elle soit trop longue...

catherine
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Re: comment se contenter d'un résultat médiocre?

Message par catherine »

il y a aussi le fil "nos enregistrements" qui peut t'intéresser à ce propos.
Restera évidemment la difficile question de la coiffure !

JPS1827
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Re: comment se contenter d'un résultat médiocre?

Message par JPS1827 »

Je ne reviens pas sur tout ce qui t'a été dit concernant la nature de nos découragements, Mais j'aimerais insister sur une notion importante, c'est que lorsqu'on a l'impression de ne pas avancer, c'est le plus souvent qu'on ne s'y prend pas bien. Je pense, compte tenu aussi de tes problèmes musculaires, que tu ne t'y prends pas toujours très bien, et pour modifier cela il faut accepter de jouer des pièces un peu moins difficiles pendant quelques mois.
Il faudrait que tu arrives à jouer une pièce, pas forcément facile, avec une impression de tranquillité en travaillant calmement, les bras détendus et les oreilles ouvertes, en t'inquiétant beaucoup plus de la nature et de la beauté du son que tu produis que de la réussite de tel ou tel passage difficile. Ca ne se fait pas du jour au lendemain. Souvent on a l'impression d'avoir acquis quelque chose de nouveau, que disparaît aussitôt qu'on aborde une pièce plus problématique.

Les dernières pièces que tu as travaillées, Villa-Lobos et Scriabine, tu peux les jouer parfaitement. Je pense que si l'apprentissage d'une nouvelle pièce comporte toujours une certaine part de lutte mentale, il ne faut pas que ça devienne une lutte physique contre soi-même. Essaie de te dire que tout ce qui passe "en force" dans ce que tu joues, avec une impression que ça nécessite une contraction à la fois physique et mentale, et que ça ne réussira pas à chaque fois, représente un problème pas vraiment résolu, et qu'il faut que tu retrouves un réel plaisir à jouer (je sais de quoi je parle, ça m'a complètement quitté pendant plusieurs années). Ca peut valoir la peine de passer encore du temps sur ce Villa-Lobos, mais pour ne pas se lasser il faut un peu changer d'angle d'attaque, s'occuper beaucoup plus de la beauté des accords, du son etc. maintenant que tu sais les notes, et surtout trouver des gestes qui permettent d'obtenir ce que tu veux en ayant une impression d'aisance. Au début c'est très long, puis ça se facilite petit à petit.

Laure
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Re: comment se contenter d'un résultat médiocre?

Message par Laure »

Juste une petite chose qui me vient, Galadrielle : la question de ton fil, "Comment se contenter d'un résultat médiocre ?", me semble vraiment mal formulée. Si tu trouvais à l'énoncer de manière plus acceptable, cela t'aiderait peut-être à trouver des pistes.

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